03/09/2008

Martyrs de Pascal Laugier



J'attendais ce film depuis un bon moment maintenant et aujourd'hui fut le jour tant attendu; j'ai enfin pu voir Martyrs... Je vous passe la frustration de découvrir que le film n'est projeté que dans une soixantaine de salles et que j'ai du courir jusqu'au kinépolis de Saint Julien (à plus de 30Km, alors que j'ai un Gaumont à 5minutes) pour le voir... Je ne vais pas tourner autour du pot très longtemps; j'ai pris une bonne grosse claque dans la gueule (et la claque fut bien plus violente que pour The Dark Knight)... Il m'a donc paru tout simplement logique de vous parler un peu de ce film que j'ai tant attendu (ne t'inquiètes pas Pras, je n'oublie pas ton top 3 des choses qui m'énervent :D)

D'abord rappellons que ce très cher Pascal Laugier était déjà à l'origine de Saint Ange. J'ai beaucoup aimé Saint Ange bien que le film est loin d'être parfait, il avait le mérite de poser une ambiance exceptionnelle et la performance de Virginie Ledoyen rendait le tout encore plus "juste". Saint Ange ne jouait pas sur la violence, encore moins le gore, mais plus sur le ressenti, l'ambiance et la prestance de l'orphelinat dans lequel évoluaient les personnages. Martyrs n'est plus dans le même registre, le film a d'ailleurs bien failli se taper un très joli "interdit au moins de 18 ans", chose qui l'aurait littéralement tué dans l'oeuf quand on voit que même avec une interdiction aux moins de 16ans avec avertissements le film est si peu distribué... Martyrs est violent, très violent, ultra violent autant sur le plan graphique que psychologique, les bruitages sont assourdissants, les coups de feu résonnent longtemps dans la tête, les effets spéciaux sont impeccables mais Martyrs n'est pas qu'un film violent c'est aussi une histoire d'amour avec tout ce que cela implique et la réponse d'un réalisateur choqué par le monde qui l'entoure.



Si on pouvait reprocher à Saint Ange de faire un peu du "sur place" et d'être trop lent, pas assez mouvementé, on ne peut clairement pas reprocher cela à Martyrs, car ici en plus de la violence que Laugier nous envoie en pleine poire, on suit une histoire, une véritable histoire qui avance inéluctablement vers une fin que l'on imagine pas... Je m'explique, on sent que les personnages évoluent constament vers l'impuissance et l'acceptation de la violence et à aucun moment, je dis bien aucun Laugier ne viendra glisser un semblant d'espoir pour nous rassurer, à aucun moment Martyrs ne glissera vers du gore à la Hostel ou Saw... En bref, à aucun moment Laugier ne laissera le temps au spectateur de souffler (à moins que vous partiez en courant de la salle :-) ), à aucun moment vous pourrez vous dire "ha mais ce n'est que du cinéma, comme Hostel!", non, vous êtes comme envoûtez/scotchez/tétanisez par le film, vous oubliez que vous êtes dans une salle de cinéma car vous êtes en train de vivre une expérience traumatisante, très intimiste et magnifiquement interprétée par Mylène Jampanoï et Morjana Alaoui. Car oui le jeu d'acteur va forcément crée une grande immersion dans le film...

De son propre avoeux, Laugier a réalisé Martyrs pour se libérer de toute la violence qu'il ressent dans notre monde... Il dépeint ainsi à sa manière un tableau de notre société où les apparences laissent croire que "tout est beau dans le meilleur des mondes" alors que par dessous, c'est la violence et la brutalité qui sont maîtres des lieux. Je pense également que quelque part on peut y voir une allégorie de ce que traverse le cinéma de genre en France actuellement, Martyrs étant un peu (du moins je me plais à le croire), "l'inconscient" du cinéma français, ce qui dort derrière les 250 comédies que le cinéma français nous pond par an et que les gens se plaisent à glorifier. Pourquoi les cinémas italiens, anglais, US accouchent des films de genre sans scrupules et sans aucun remord alors que le cinéma de genre français reste limité à 3-4 productions par an? J'ai l'impression que le cinéma français se retient et se cantonne à Bienvenue chez les Chtis (je caricature exprès hein^^) pour montrer ce qu'il sait faire, que le cinéma français a peur de montrer ce qu'il cache au fond de lui même... Pascal Laugier avec ce Martyrs, je l'espère (mais je n'y crois pas trop malheureusement) ouvre la voie vers un cinéma français décomplexé... Reste à voir s'il va être suivi. Ceci étant quand je dis être suivi, je ne dis pas que je veux 36 000 Copies de Martyrs, j'aimerai que des réalisateurs apportent leur visions des choses, qu'ils ne se contentent pas de copier leur modèle (même si les modèles en question sont Romero et compagnie) mais que comme Gans ou Laugier, ils assimilent/digèrent leur référence cinématographique pour nous pondre des films intimes, personnels mais surtout inédit comme l'est Martyrs.



Car si par moment en voyant Martyrs on peut penser à plusieurs film de genre, ne nous y trompons pas, Martyrs n'est pas une "copie" d'un film gore, Martyrs est une oeuvre cent pour cent original qui n'emprunte à aucun moment les sentiers battus... Inutile de vous dire que "le soulagement" que l'on peut éprouver à la fin d'un Hostel quand finalement les personnages "se vengent" n'est pas au programme de Martyrs... Bien au contraire le film commence par la vengeance dans une première partie très musclée et nerveuse et se conclue par une deuxième partie beaucoup plus lente et posée mais aussi plus violente psychologiquement. Car oui Laugier casse souvent son rythme et cela accentue la violence qu'éprouve les personages et le spectateur par la même occasion.

En somme je ne sais pas si on peut parler de chef d'oeuvre pour Martyrs, mais ce qu'il y a de sûre c'est que l'on se retrouve face à une expérience inédite d'un point de vue cinématographique. Martyrs est la preuve que le cinéma de genre n'est pas qu'un ramassis de gore et de violence mais aussi un film portant à la réfléxion. Pour moi ma meilleure expérience ciné depuis bien longtemps! Merci Pascal Laugier!

PS: En ce qui concerne l'interdiction -18ans... Je ne dirais pas que cela aurait été justifié car je pense qu'il y a des personnes de 16 ans qui comprendront et interprèteront sans aucun problème les images et la violence psychologique du film et d'autres de 30 ans qui seront choqués pendant des semaines... Ceci étant, le film n'est vraiment pas à mettre à la portée des personnes sensibles.

3 commentaires:

prozium a dit…

critique très intéressante. Je vais essayer d'aller voir ça :)

damonx a dit…

oula je n'ai pas du tout était emballé par le film !

Praska a dit…

Tres fort ce point de vue, en désaccord avec mon appréhension et la vision de damonx !
Tu viens de le relancer dans ma list ;)