24/06/2008

Diary Of The Dead- Chronique des morts-vivants

Je ne vous ferais pas l'affront de vous présenter à nouveau George A. Romero, le célèbre "papa" des zombies au cinéma avec La Nuit Des Morts Vivants. Je vais vous parler ce soir, le plus objectivement (je le précise car pour moi ça va être dur, tellement je voue un culte au bonhomme) possible de Diary Of The Dead; son dernier né. Avant cela, il me semble être de bon ton de revenir rapidement sur Land Of The Dead qui avait plutôt mitigé autant les fans de Romero que le spectateur lambda... Si personellement, j'ai trouvé Land Of The Dead bourrés de qualités, je comprend que certaines personnes soient resté de marbre devant ce pamphlet décriant la société actuelle... En effet Land Of The Dead avait peut être le défaut de se contenter de dépeindre trop "mécaniquement" la société qui nous entoure et notament la politique américaine de l'époque sans chercher à moderniser, actualiser sa façon de présenter les choses par rapport à Zombies. Romero en a trés certainement pris note pour ce Diary Of The Dead et pour sûre ce coup là il ne devrait pas laisser indifférent...



Diary Of The Dead fait table rase du passé et ne tient absolument pas compte des 4 derniers opus des morts vivants de Romero pour mieux recommencer... Si le speech de base est relativement simple, la façon dont est développé la thématique du film est bien plus élaboré et efficace. L'histoire commence par une bande de jeunes étudiants en cinéma qui sont en plein tournage d'un film d'horreur. C'est au cours de ce tournage qu'ils apprenent par la radio que 3 morts seraient revenus à la vie... C'est suite à ça que le jeune réalisteur du film d'horreur décide d'embarquer dans le van avec son équipe pour partir "à l'aventure" filmer ce qui s'annonce être un nouveau tournant dans l'histoire de l'Humanité. Le problème va vite alors se poser pour notre équipe de savoir où aller car ils vont vite se rendre compte que se lancer dans la réalisation d'un tel documentaire est loin d'être un jeu.Des tensions naissent rapidement entre les différents membres du groupe, certains croyant que l'annonce faite à la radio n'est rien de plus qu'un gros canular ou une énième connerie exagérée grossièrement par les médias...

Là où Romero joue gros c'est dans le choix de faire de Diary Of The Dead un film à la première personne (à la façon d'un Rec ou d'un Cloverfield)... Mais là où Cloverfield ou Rec joue sur le point de vue à la première personne pour jouer à fond la carte de l'immersion, Romero se sert de ce point de vue pour développer sa thématique principale et ne cherche pas spécialement à vous foutre les chtons en essayant de "faire vrai" (même si ça fonctionne pas trop mal)... Non ici, la caméra a la première personne est le pillier central même du message véhiculé par Romero.
Essayons de nous projeter dans le contexte... Imaginons que tout ce bordel arrive vraiment, que les morts se relèvent vraiment de leur tombes et qu'ils aient la facheuse tendance à vouloir nous bouffer... Que faites vous? Hormis, le fait de vous planquer patati patata... Vous finissez à un moment ou à un autre par allumer votre télé pour voir ce qui se passe là dehors, puis vous allez inévitablement sur Internet... N'importe qui ayant un appareil photo, un caméscope, un téléphone portable, un lecteur mp3 est une source d'information... A vous de trier, infos canulars ou réalité? Pas aussi simple qu'il n'y paraît...

Les héros de Diary Of The Dead se trouvant confronté à ce problème ont du mal à trancher... Entre un message d'un représentant officiel de la police (incarné d'ailleurs par Romero Himself) assurant que la situation est sporadique et qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter outre mesure et une vidéo d'une personne complètement désarconné indiquant comment se débarrasser des morts vivants sur YouTube que faites vous?? Difficile de trancher le vrai du faux. Romero nous incite donc à ne plus prendre l'infos tel qu'on nous la livre; recouper les informations, juger de la fiabilité des sources, se forger son opinion sans pour autant refuser la remise en cause... Bien plus compliqué qu'il n'y paraît, surtout quand il s'agit d'un sujet aussi urgent que de notre propre survie...



Mais là où Romero fait fort, c'est qu'il ne se contente pas de faire vivre cette situation uniquement à ces personnages dans le film, mais ils nous invite directement à cette réfléxion... Mais de quelle manière?? Tout simplement en faisant filmer l'histoire qui nous est comptée par les différents personnages de l'histoire... En effet si tout commence par Jason (le réalisteur initial du film d'horeur), la caméra va "tourner" entre les mains d'autres personnages, il y aura d'ailleurs par moment même deux caméras, permettant à Romero de jouer sur le montage comme il adore le faire. Et c'est là que le génie de Romero explose car à chaque protagoniste ayant la caméra entre les mains, on comprend à quel point que ce que l'on voit à l'écran dépend de la personnalité de la personne qui filme...

Je m'explique... Jason, par exemple, est une véritable machine à filmer, dès lors qu'il filme, il devient un reporter pur et dur qui ne s'arrêtera pour rien au monde de filmer quoiqu'il arrive, oubliant complètement ses proches, ses amis, et même sa petite amie; Debra. Cette dernière finissant par prendre elle même une caméra pour communiquer avec son petit ami... On a alors droit là à un plan démentiel (vous voyez quand je disais que j'allais tenter d'être objectif^^), où Debra et Jason sont face à face l'un à l'autre, ou plutôt "caméra face à caméra". On se rend compte que les deux protagonistes filment finalement la même chose physiquement mais qu'en fait pour Jason, il filme une personne qui tente de survivre dans un monde où les morts reviennent à la vie... Debra, elle, filme l'homme qui l'empêche de perdre pieds dans ce monde qui déraille, et de son point de vue, rien n'est plus important pour elle d'avoir cet homme avec elle, dans un moment dur (qu'il s'agisse de morts vivants ou d'autres choses)...
On est alors dans les deux cas devant des signaux de détresses et une situation dramatique, mais si vous ne voyez que l'une des deux bobines vous avez deux messages complètement différents, mais ô combien puissants.



D'une autre façon, Tony ne veut au départ pas "se mettre à filmer" car il sait ce que ressent Jason et ne veut pas lui aussi devenir un "filmeur fou", mais dès lors qu'il aura une caméra en main; qu'il aura reçu "la frénésie de filmer" par Debra lorsque l'objectif de celle-ci croisera le sien... Il ne pourra plus lui non plus s'empêcher de filmer et apporter alors lui aussi sa propre vision des choses...

Bref le choix de filmer à la première personne a des raisons à milles lieux différentes de celles d'un Rec ou d'un Cloverfield. Romero ne cherchant pas à vous foutre la frousse mais voulant simplement vous faire réfléchir... Alors ne regardez pas Diary Of The Dead pour vous faire peur, mais regardez le comme une explication sur ce que l'on peut vivre actuellement: la surabondance d'informations: télé, journaux, internet, vidéos, mp3... ne dénature-t'elle pas la vérité, ne mérite t'elle pas qu'on y réfléchisse un peu tellement la subjectivité de la source peut changer radicalement la façon de percevoir une information... Il ne s'agit pas de dire que c'est mal d'avoir de multiples sources d'informations (loin de là!!) mais de comprendre que peu importe d'où proviennent l'informations, il faut la considérer de différentes façon selon son contexte...

Bref Romero, en soit n'apprend rien de neuf, mais met en évidence les failles de notre système d'informations d'une manière tellement éléguante et géniale qu'il mérite qu'on le salue pour ça... Alors Diary Of The Dead, un film pop-corn sûrement pas, mais une nouvelle Master-Piece d'une noirceur absolue de Romero (à l'image des dernières secondes du film)? Indéniablement...

PS: N'oubliez pas de recouper vos sources pour cet article également, car il a finalement était écrit avec une telle subjectivité qu'il ne peut suffire à lui seul à vous décider à foncer voire Diary Of The Dead ou à vous le commander les yeux fermés ! ^^

2 commentaires:

Bababaloo a dit…

Aaaaah oui ça donne envie meme si tu precise qu'il vaut mieux lire d'autres avis aussi (svt négatif) ca donne foutrement envie.... Même si je suis certain que c'est plus facile a comprendre en le voyant qu'en le lisant .... Pas evident tous ces machins caméras qui changent,.... Bon bein je vais me faire le meme doublé DVD > Frontier(s) + Diary :D

prozium a dit…

Moi aussi j'adore George A. Romero :)

Mais j'ai été assez déçu par Land of the Dead ... ET je n'aime vraiment pas les films tournés la caméra à l'épaule :/

Bref je vais le louer je pense, histoire de me faire mon avis.